Guilde des Baristas
En principe, les guildes sont une bonne idée. Nous avons été poussés par la SCAA à créer une guilde de baristas au Canada au début, au milieu des années 2000, et nous avons ensuite commencé notre étude de faisabilité sur un chapitre canadien.
À l'époque, le nombre de membres qu'ils avaient aux États-Unis était étonnamment faible, étant donné l'énorme population. Cela suggère que soit les baristas n'étaient pas atteints, soit la Barista Guild of America n'était pas réellement souhaitée par les baristas.
Il a été rapporté que la carrière moyenne d'un barista s'étend sur 2 à 4 ans. Cela signifie que, pour certains baristas, leur carrière est terminée avant même qu'ils ne réalisent qu'il existe une guilde à laquelle ils peuvent adhérer. D'autres peuvent ne pas voir l'avantage de payer une cotisation, surtout avec le salaire d'un barista, qui historiquement tourne autour du salaire minimum.
Cela nous amène à une autre question, peut-être encore plus importante et difficile à répondre : Les guildes de baristas ont-elles fonctionné quelque part dans le monde ? Quelqu'un a-t-il la réponse... ?
Examinons donc quelques-uns des avantages visés par la guilde :
- Tarifs réduits pour assister aux événements. Dans certains cas, il était impossible d'entrer sans être membre par le passé. Le vrai problème était que l'adhésion limitait en fait votre capacité à y assister.
- Connexion avec des personnes partageant les mêmes idées.
- Être informé des nouvelles opportunités d'apprentissage et d'éducation.
- Amplifier une voix collective auprès des gouvernements locaux et nationaux.
- L'organisation elle-même était censée veiller au bien commun des baristas.
Ce sont d'excellents points. Sans aucun doute quelque chose que nous pourrions soutenir.
Au Canada, l'une des principales raisons pour lesquelles nous ne voulions pas former une guilde était qu'on nous avait dit que 75 % de la cotisation serait absorbée par la grande organisation SCAA, qui était basée, à l'époque, aux États-Unis.
Nous ne pouvions pas justifier l'effort seulement pour voir 75 % des fonds collectés partir au sud de la frontière.
Mais les calculs n'ont jamais fonctionné, peu importe comment nous avons analysé les chiffres.
À cette époque, au début des années 2000, la guilde américaine, avec toutes ses richesses et sa force générées par les revenus des salons professionnels de la SCAA et les ventes d'adhésions, ne pouvait rassembler qu'environ 1 000 à 2 000 membres sur une population de 282 millions. La population du Canada étant d'environ 10 % de celle des États-Unis, notre meilleure estimation était qu'au Canada, nous n'aurions attiré que 100 à 200 membres.
Même si nous prenions l'estimation la plus élevée de 200 membres et que nous facturions aux baristas pauvres un droit d'adhésion de 100 $ CDN (c'est-à-dire une journée entière de travail !), notre revenu total maximal n'aurait été que de 20 000 $ CDN.
Si tout cet argent était resté au Canada, il aurait à peine couvert le coût de la facture de téléphone et le travail de secrétariat des membres.
Mais rappelez-vous, d'emblée, 75 % de ces cotisations devaient être renvoyées à la maison-mère américaine de la SCAA, de sorte que nous n'aurions eu que 5 000 $ CDN comme budget TOTAL.
Nous avions déjà du mal à mobiliser des bénévoles et à financer les compétitions de baristas et les « barista jams » que nous organisions. Prendre le peu d'argent que nous pouvions générer par le biais d'une guilde et devoir en envoyer 75 % à la plus grande organisation n'avait tout simplement pas de sens financier. Pire encore, lorsque nous avons demandé de l'aide, la SCAA nous l'a refusée.
Nous avons conclu que pour avoir une guilde canadienne, cela ne pouvait pas être une activité lucrative parce que les baristas ne gagnent pas plus que le salaire minimum et qu'il faudrait offrir, à tout le moins, ce qui suit :
- Votre adhésion inclurait la certification.
- Être axé sur les membres, avec toutes les cotisations servant à l'organisation d'événements au Canada.
- Les nouveaux membres ne seraient autorisés à adhérer que par le parrainage de 3 membres en règle, suivi d'un processus d'entretien. En d'autres termes, l'adhésion serait qualifiée et non seulement une activité lucrative.
- Travail garanti lors de l'adhésion à la guilde. (Il y aurait un tableau d'affichage des emplois, librement accessible aux membres, où les entreprises de la 3ème vague pourraient poster des annonces parce que les membres sont vérifiés, formés et prêts à l'emploi)
- Des salaires plus élevés grâce à la formation que les baristas obtiendraient en rejoignant la guilde.
En fin de compte, nous avons renoncé à former une guilde. C'était peut-être le mauvais choix pour les baristas au Canada, mais à l'époque, l'option évidente était de ne pas créer de guilde de baristas canadienne. Et nous n'étions pas les seuls à partager ce point de vue.
Lors de la convention SCAA d'Anaheim, où se déroulait le Championnat américain des baristas de 2010, les principaux acteurs canadiens influents du café de la 3e vague/artisan ont été convoqués au siège de la SCAA à Anaheim pour voter sur cette même question.
On leur a demandé : Voulez-vous une guilde canadienne de baristas, et devenir un chapitre de la Specialty Coffee Association of America ?
Le sentiment général a été un "Non" retentissant. Un chapitre canadien de la SCAA et une guilde canadienne n'étaient pas dans l'intérêt du Canada.
Nous n'étions donc pas les seuls à partager ce point de vue.
Cela soulève la question de savoir pourquoi les intérêts du barista qui travaille, dont la seule présence derrière le comptoir est la seule raison pour laquelle l'industrie fonctionne, ne sont pas pris en compte par les guildes ?
Peut-être la question plus importante à poser est la suivante : avec tout l'argent que rapportent les salons professionnels et les cotisations, si le barista qui travaille ne bénéficie pas de tout cet argent, qui en bénéficie ?
Cette question sera explorée dans notre prochaine série d'articles.
Ressources : Statistique Canada : Ancienneté d’emploi par industrie, annuel